| Annexe 2 La gestion des droits électroniques à léchelle internationale Tour dhorizon Rapport rédigé par Rose-Marie Lafrance COPIBEC 25 juin 1999 1- Demandes adressées aux titulaires de droits et aux sociétés de gestion 2- Coalitions et projets-pilotes à léchelle internationale
3- Les sociétés de gestion canadiennes
À lheure actuelle, toutes les sociétés de gestion collective à travers le monde sintéressent à la question des droits électroniques et sinterrogent sur la façon de gérer la reproduction duvres protégées sur supports numériques. Les besoins, en ce domaine, augmentent rapidement et beaucoup dusagers de matériel protégé (universités, gouvernements, compagnies privées, etc.) optent désormais pour la numérisation des uvres quils souhaitent diffuser. La création de cédéroms, de sites Internet et de bornes interactives, à partir dextraits duvres protégées, constitue un nouveau défi pour les sociétés de gestion collective et les associations de créateurs. Elles se voient, en effet, obliger de repenser leur façon de faire, détendre les licences ou les mandats qui leur ont été confiés à la reproduction numérique et de développer de nouveaux tarifs. Nombre dentre elles ont également choisi de sassocier à dautres sociétés de gestion collective afin de répondre adéquatement aux spécificités de la reproduction numérique. Au Canada comme dans dautres pays, les sociétés de gestion collective développent une nouvelle expertise, proposent ou adoptent de nouveaux tarifs propres à la reproduction électronique et mettent en place de nouveaux outils dinformation et de gestion afin de répondre aux besoins des producteurs en multimédia et des usagers de matériel protégé. Il nexiste pas, à lheure actuelle, du moins à notre connaissance, détude ou denquête statistique concernant la question de la gestion collective des droits électroniques par les différentes sociétés de gestion à travers le monde. Le présent document propose un tour dhorizon des principales réalisations à léchelle internationale, des projets et des tarifs élaborés, ainsi que des types de demandes concernant le numérisation duvres protégées qui sont adressées aux sociétés de gestion collective. Pour ce faire, nous avons soit contacté des personnes-ressources au sein même des sociétés, soit pris connaissance du contenu des sites Web ou de la documentation préparée par les collectifs, les associations internationales ou les gouvernements de divers pays. La présente recherche ne touche que la question de la reproduction duvres protégées existantes et non la commande duvres nouvelles pour la création de produits multimédias. 1- Demandes adressées aux titulaires de droits et aux sociétés de gestion Tout comme dans le cas de la reproduction plus traditionnelle (papier, support audio ou vidéo), les demandes de reproduction adressées aux sociétés de gestion ou, assez régulièrement, directement aux titulaires de droits sont très diversifiées. Il sagit, à la fois, de création de cédéroms, de diffusions dextraits duvres par Intranet ou par Internet, de bornes interactives, et ce à des fins commerciales ou non. Les exemples sont multiples : contenu dun recueil de textes mis à la disposition des étudiants dun cours universitaire, extraits darticles de revues ou de journaux mis sur cédéroms, extraits duvres musicales ou duvres visuelles reproduits sur un site Web, etc. La durée des autorisations demandées par les usagers, ainsi que le nombre duvres touchées, varient également considérablement. Dans bien des cas, la requête ne spécifie pas de durée dutilisation et il revient à la société de gestion, après analyse de la demande, den déterminer une. En ce qui concerne le nombre duvres numérisées, les demandes peuvent aussi bien touchées un seul titre (ex.: un extrait sur un site Web) que des dizaines duvres ( ex. : banque de données ou cédérom spécialisé.) Dans bien des cas, elles sont référées par les titulaires de droits auxquels les usagers se sont dabord adressées. Ceux-ci, soit en raison des ententes qui les lient aux sociétés de gestion (cession de droits, licence ou mandat exclusifs) ou parce quils nont pas développé de grille tarifaire touchant la numérisation, se tournent vers les collectifs afin quune autorisation soit émise et quun contrôle post-reproduction soit effectué. Pour lheure, il nexiste pas, à notre connaissance, détude des habitudes et des besoins des usagers de matériel protégé relativement à la reproduction électronique. Toutefois, depuis avril dernier, lInternational Federation of Reproduction Rights Organisations (IFRRO) effectue un sondage auprès des usagers des pays membres de lassociation. Le questionnaire élaboré par lIFRRO comporte de nombreuses questions sur laccès des organismes ou des firmes privées au courrier électronique, à lInternet et à des réseaux internes (Intranet). De plus, il sintéresse aux habitudes de reproduction et de diffusion des usagers : téléchargement duvres protégées et reproduction sur support papier ou archivage sur support électronique, diffusion via le réseau interne ou via le site Web de lusager, type des uvres utilisées (images, cartes, musique, texte, uvres audio-visuelles, etc.). Le sondage de lIFRRO comporte également des questions touchant lobtention des autorisations de reproduction, les droits payés, lencryptage des uvres, ainsi que sur lintérêt manifesté par les usagers à légard déventuelles licences globales incluant la reproduction duvres numérisées, ainsi que des services qui pourraient leur être rendus par les sociétés de gestion collective. Le questionnaire du sondage de lIFRRO est disponible sur le site Web de lorganisation, à ladresse suivante : http://www.ifrro.org. Dans la mesure où les objectifs de lIFRRO seront rencontrés, le sondage touchera quelque 23 pays et entre 230 et 460 usagers duvres protégées issus de différents secteurs dactivités. Il sagira, sans doute, dun source dinformation intéressante pour les sociétés de gestion désireuse de développer leurs outils de gestion des droits électroniques et de connaître les habitudes et les besoins réels de leurs clientèles. 2- Coalitions et projets-pilotes à léchelle internationale Au cours des dernières années, la multiplication des productions multimédias, laccroissement de laccès aux inforoutes et aux réseaux électroniques internes, ainsi que lutilisation grandissante des technologies de numérisation ont amené les titulaires de droits et les sociétés de gestion uvrant dans différents secteurs à coopérer et à mettre leurs expertises en commun afin de répondre aux nouvelles réalités du multimédia. À léchelle internationale, les exemples de regroupements de sociétés de gestion au sein de nouvelles entités, souvent qualifiées de guichet unique ou de one-stop shop, et la mise en place de centres dinformation communs sont multiples. Le développement de ces nouvelles organisations, leur structure, ainsi que leurs objectifs et pouvoirs dintervention, présentent de nombreuses similitudes mais, également, certaines différences importantes (voir tableau, Annexe A). De façon générale, ces nouvelles entités agissent, du mois en ce qui concerne la phase un de leur mise en place, à titre de centres dinformation destinés à offrir des renseignements sur le droit dauteur, ainsi que sur les services et la tarification des différentes sociétés de gestion collective ou associations dayants droit quelle regroupe. Certains de ces centres, de façon encore limitée, soit en fonction du type duvres, du support de reproduction, et des attentes des titulaires de droits, sont autorisés, à titre dagents, à négocier des licences qui reflètent les conditions fixées préalablement par les sociétés de gestion collective. Toutes ces nouvelles structures ont pour but commun de rejoindre les producteurs en multimédia, de faciliter lobtention de licences et le paiement de droits et dassumer un certain contrôle relativement à la reproduction et à la diffusion des uvres sur support numérique. Plusieurs de ces nouveaux centres prévoient, au cours des phases subséquentes de leur développement, lélaboration de tarifs unifiés (un seul coût de reproduction identique pour toutes les catégories duvres) ainsi que la possibilité, pour la supra société de gestion démettre des licences, de percevoir des redevances et de les redistribuer aux sociétés de gestion quelle regroupe, et ce de façon autonome. Cependant, à lheure actuelle, il nexiste pas encore de tarification unifiée et les droits exigés, ainsi que les modalités dutilisation de matériel protégé, varient en fonction des catégories duvres reproduites. Bien que la majorité des initiatives en cours soient nationales (un centre dinformation regroupant les collectifs dun territoire donné), il existe au moins un projet qui prévoit la mise en commun des services dinformation et/ou de libération de droits existant dans sept pays européens, soit la Finlande, la France, lAllemagne, lIrlande, les Pays-Bas, lEspagne et lItalie. Baptisé VERDI, pour Very Extensive Rights Data Information, le projet, né en 1998, prévoit, dans un premier temps, lanalyse de la situation qui prévaut dans les différents pays dEurope, et ce de façon à clarifier, pour les diverses catégories duvres, la question de la titularité des droits. La société de gestion finlandaise Kopiosto, qui gère elle-même les droits de plusieurs catégories duvres, assume la coordination de VERDI. Les projets et les réalisations en cours étant multiples, nous avons arrêté notre choix, pour les fins de la présente recherche, sur trois réalisations qui, par lavancement de leur mise en place, ainsi que leurs spécificités et la disponibilité des informations les concernant, nous apparaissaient les plus intéressants. Ainsi, le modèle français de SESAM, le service en ligne du Copyright Clearance Center et le Swiss Multimedia Copyright Clearing Center feront, ci-après, lobjet dune description plus détaillée. 2.2 Le modèle de la France : SESAM 2.2.1 Structure et fonctionnement Créé en juillet 1996, après une période de concertation entre les différents membres fondateurs, SESAM regroupe la Société des Auteurs dans les Arts Graphiques et Plastiques (ADAGP), la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD), la Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique (SACEM), la Société civile des Auteurs Multimédia (SCAM) et la Société pour ladministration du Droit de Reproduction Mécanique des auteurs, compositeurs et éditeurs (SDRM). Qualifiée de société de deuxième niveau et de fédération de sociétés de droit dauteur par ses fondateurs, SESAM peut accueillir, à titre dassocié, " toute personne morale, quelle quen soit la nationalité, pouvant autoriser, à quelque titre que ce soit, lexploitation significative duvres dune pluralité dauteurs pouvant être reproduites dans les programmes multimédias ". SESAM est une société civile particulière à capital variable. La nouvelle société a pour objet " de maintenir et de développer lunion et la solidarité des titulaires de droits ou de leurs ayants droit à loccasion de la reproduction, de la représentation ou de tout autre mode dutilisation de leurs uvres dans le cadre de la réalisation ou de lexploitation de programmes multimédias." Elle gère donc, au nom des associés et pour les programmes multimédias, les uvres originales et préexistantes de leurs répertoires. Elle peut autoriser ou interdire les reproductions ou représentations des uvres, fixer les conditions dutilisation, percevoir les redevances dues et les redistribuer entre les sociétés associées. Le mandat exclusif confié à SESAM sétend à tous les pays, sauf spécification contraire des titulaires de droits. Pour lheure, et ce en raison de lévolution rapide du multimédia et dun besoin de souplesse interne, le Conseil dadministration de SESAM peut accueillir de 12 à 24 membres issus de quatre collèges, soit :
En ce qui concerne la répartition des redevances qui seront perçues par SESAM, les statuts de la société stipulent que son Conseil dadministration a tous les pouvoirs pour établir les modalités de perception et les redevances exigibles en vertu des autorisations accordées, ainsi que pour déterminer les modalités de répartition des droits perçus. Toutefois, les statuts de SESAM prévoient déjà trois scénarios de répartition :
2.2.2 Services offerts et tarification Dans un premier temps, SESAM a développé un site Internet voué essentiellement à la diffusion de renseignements touchant la société elle-même, ses sociétés membres, ainsi que le droit dauteur et la propriété intellectuelle. Depuis peu, cependant, SESAM est passée à la phase deux de son entrée en scène en développant un contenu qui sadresse spécifiquement aux producteurs en multimédia. En plus de leurs expliquer comment obtenir les autorisations requises, la société met à leur disposition, à partir de son site Web, un document intitulé Demande dautorisation-Programmes Multimédia sur lequel lusager est invité à sidentifier et à identifier les uvres quil désire utiliser, ainsi quà spécifier les conditions dutilisation (nombre dexemplaires, support, prix de vente, territoire dexploitation, etc.) du matériel protégé retenu. En fonction des catégories duvres concernées, le producteur doit également spécifier la durée de chacune des uvres (musique et images animées), le nombre dunités (images fixes) et le nombre de pages écran (textes). Lun des objectifs de SESAM est den arriver à unifier les tarifs des différentes sociétés membres. Pour le moment, la société doit toutefois appliquer la tarification développée par chacun de ses associés, pour les différents types dutilisation et les différentes catégories duvres. Ces tarifs, ainsi que les principes généraux liés à lutilisation des uvres sont accessibles sur le site Web de SESAM et touchent aussi bien la reproduction et la diffusion en ligne que hors-ligne. Ils varient en fonction de lusager (organismes non commerciaux, sociétés commerciales, institutions denseignement, etc.), du nombre duvres utilisées, ainsi que du mode de distribution (accès payant ou non, usage privé ou non). 2.3 Le modèle suisse : le S M C C 2.3.1 Structure et fonctionnement Le modèle suisse, le Swiss Multimedia Copyright Clearing Center (SMCC) présente plusieurs similitudes avec dautres modèles mis en place ailleurs dans le monde (Suède, Pays-Bas, Allemagne, etc.). Moins élaboré que le modèle SESAM et plus récent, il a été mis sur pied par ProLitteris (littérature, arts plastiques et photographies), la SUISA (uvres musicales non dramatiques), la Suissimage (uvres audiovisuelles) et la SSA (uvres dramatiques, dramatico-musicales et audiovisuelles) désireuses de se doter dun bureau dinformation et de recherche commun. Pour linstant les activités du SMCC ont été prises en charge par ProLitteris, donc par une société de gestion qui couvre déjà plusieurs secteurs (littérature, arts plastiques, photographies) et qui représente, sur le territoire suisse, de nombreux titulaires de droits étrangers, et ce par le biais daccords de réciprocité intervenus avec dautres sociétés de gestion. La mission du SMCC se limite à loctroi de renseignements concernant la loi, les titulaires de droits, ainsi que les redevances à acquitter en fonction de lutilisation du matériel protégé et de la catégorie des uvres reproduites. Lorsquune demande lui est adressée, le SMCC identifie les titulaires de droits des uvres retenues et, en collaboration avec les sociétés quelle regroupe, informe lusager du coût et des conditions dutilisation des uvres. À court terme, les sociétés fondatrices du SMCC prévoient cependant travailler à ladoption de tarifs communs et faire en sorte que la nouvelle entité puisse émettre directement des autorisations. Les usagers qui utilisent les services du SMCC pour la recherche de titulaires de droits et lidentification des titres retenus doivent acquitter des frais de services. Ces frais varient en fonction du temps consacré à chacune des demandes. Pour le moment, seul ProLitteris, pour le répertoire des arts plastiques, a développé des tarifs concernant la reproduction et la diffusion en-ligne et hors-ligne. En résumé, la tarification pour le hors-ligne se base sur le tirage du support (CD-ROM, CD-I, etc.) et sur le nombre duvres du Répertoire de ProLitteris utilisées. Le tarif en ligne, quant à lui, est établi en fonction de la durée dutilisation (un an maximum), ainsi que sur le nombre duvres reproduites. Les deux tarifications sont sujettes à des ajustements (rabais ou suppléments) en fonction des catégories dusagers, des types dutilisations (commerciale, culturelle, etc.), ainsi que de la quantité des uvres reproduites. Détail intéressant, ProLitteris prévoit une majoration de 100 % du tarif de base, dans les cas suivants :
Les uvres retenues par lusager doivent être reproduites intégralement et sans modification. Pour les supports audiovisuels (CD-ROM, CD-I, disques laser, etc.), à caractère monographique, ProLitteris demande 8 % du prix de vente au détail par exemplaire, en tenant compte de la proportion entre le nombre duvres figurant au Répertoire de ProLitteris et la durée totale du support audiovisuel. En ce qui concerne les sites Internet prévoyant un paiement pour laccès aux uvres (Pay-Per-Use), ProLitteris exige 10% des recettes de lexploitant. De plus, dans tous les cas, des frais de services de 145 $ sont exigibles par la société de gestion dans léventualité où, dans le délai dune année, lautorisation délivrée nest pas utilisée. 2.4 Le modèle américain : lElectronic Course Content Service (ECCS) LElectronic Course Content Service (ECCS) figure parmi les nombreux services en ligne de libération des droits offerts par le Copyright Clearance Center (CCC) des États-Unis aux usagers de matériel protégé. Enfin de se positionner sur le marché de la numérisation et de la diffusion électronique des uvres, le CCC a opté pour loptimisation de son site Internet et des moyens électroniques de contrôle et de compilation des données déjà existants. Les services en ligne offerts par le CCC sont à ce point élaborés que plus de 70 % des transactions sont réalisées via lélectronique, sans intervention humaine. Le service ECCS permet aux institutions denseignement de mettre à la disposition de leurs étudiants des extraits duvres protégés, et ce sous forme de recueils de textes numérisés, déducation à distance via Internet ou de réserves de titres accessibles par réseau interne (Intranet). Moyennant des frais annuels de 120 $, les institutions sont invitées à sinscrire au service ECCS et à ouvrir un compte client auprès du service à la clientèle du CCC. Les demandes de reproduction sont effectuées en ligne, à laide dun formulaire prévu à cet effet. Chacune des autorisations émises par le CCC est valable pour un cours donné et pour la durée du cours uniquement. Laccès aux uvres numérisées doit être contrôlé, soit à laide de mots de passe ou via lidentification de lusager (étudiant ou professeur). Le coût lié à chacune des autorisations émises, pour chacune des uvres retenues, inclut les droits dauteur et les frais de services exigés par le CCC. Les droits demandés sont fixés par les titulaires de droits et varient énormément en fonction des titres et des maisons dédition concernés. En ce qui concerne les frais de service, ils sont établis de la façon suivante : (0,0015 $ la page) X (nombre de pages) X (nombre détudiants) Dans léventualité où lusager choisi de ne pas utiliser lautorisation obtenue, des frais de services de 2,50 $ par titre sont, tout de même, exigés par le CCC. Le système ECCS prévoit également certaines limites de reproduction, soit :
Le CCC a également développé un système similaire, nommé MIRA, concernant la reproduction duvres visuelles (illustrations, photographies) et élabore un nouveau projet qui, cette fois, touchera plus particulièrement les articles de revues et de journaux. Au Royaume-Uni, le Copyright Licensing Agency (CLA) a également opté pour un système de traitement en ligne des demandes relatives à la numérisation duvres protégées. Le CLAS Rapid Clearance Service (CLARCS) permet la reproduction exacte de limage dune page, au tarif fixé par le titulaire des droits. 3- Les sociétés de gestion canadiennes Premier constat, il nexiste pas, au Canada, de projets similaires à SESAM, au ECCS ou au centre dinformation élaboré par les Suisses. Cependant, de façon individuelle, les collectifs canadiens ont amorcé plusieurs projets-pilotes et développé ou proposé des tarifs spécifiques à la reproduction et à la diffusion électroniques de matériel protégé. Les renseignements disponibles concernant les activités des sociétés de gestion collective canadiennes en matière de droits électroniques demeurent partielles. Bien quil soit difficile de dresser un tableau densemble, il est cependant possible de faire état des réalisations connues et des avenues empruntées par les différentes sociétés afin détendre leurs interventions à la numérisation des uvres et aux supports électroniques. La Société du droit de reproduction des auteurs, compositeurs et éditeurs du Canada (SODRAC) et la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN) ont toutes deux déposé des projets de tarifs devant la Commission du droit dauteur relativement à la reproduction et à la communication au public duvres musicales par lintermédiaire de réseaux informatiques. Les tarifs SOCAN et SODRAC sadressent directement aux exploitants de réseaux et non, du moins pour linstant, à leurs clients. Déposé le 31 mars 1998, le tarif SODRAC prévoit le versement mensuel, par lexploitant, de la plus élevée des deux sommes suivantes : 0,65 % des revenus bruts ou 0,10 $ par client. Les revenus bruts de lexploitant englobent les revenus publicitaires, ainsi que ceux provenant de ses clients. La vente duvres musicales en ligne par lun ou lautre des clients de lexploitant du réseau doit faire lobjet dune demande dautorisation distincte à la SODRAC. Il en est de même pour la reproduction, sur un site en particulier, dune uvre du Répertoire de la SODRAC. Le tarif déposé par la SOCAN, pour la communication au public par télécommunication duvres musicales, prévoit le paiement, par les services de télécommunication, de redevances sélevant à 0,25 $ par abonné, dans les cas où il ny a pas de revenus publicitaires sur le service, et de 3,2 % des revenus bruts, pour les services qui touchent des revenus publicitaires, sous réserve dun maximum payable de 0,25 $ par abonné. La SODRAC a également commencé à accorder des licences pour la reproduction, sur un site Internet, dextraits de disques ou de vidéo-clips. Les coûts exigés varient en fonction du nombre dextraits reproduits et de la durée dutilisation. La SODRAC sest inspirée, pour lélaboration de ses tarifs, de ceux adoptés par la SACEM, lune des sociétés fondatrices de SESAM. Dans le secteur de limprimé, trois sociétés de gestion collective sont actives dans le demaine de la gestion de la reproduction de matériel protégé sur support numérique. CANCOPY, par exemple, travaille présentement à la mise sur pied dun projet pilote en collaboration avec deux établissements denseignement supérieur concernant laccès, la consultation et limpression de textes à partir dune réserve duvres numérisées. De plus, à titre de représentante de plusieurs éditeurs de journaux, CANCOPY a entrepris des négociations avec des entreprises spécialisées dans la confection de revues de presse afin de permettre à ces dernières de numériser les articles autrefois reproduits sur papier. Nous ne possédons pas, pour linstant, dinformation sur les tarifs envisagés par CANCOPY relativement aux deux projets en cours. En collaboration avec lUnion des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ) et CEDROM-SNI, COPIBEC a, pour sa part, développé des tarifs dabonnement au centre de documentation virtuel sur la littérature québécoise, LILE. Le site Internet de LILE regroupe un très grand nombre dextraits de livres, ainsi que darticles de journaux et de revues. Le coût dun abonnement annuel varie de 200 $ (forfait individuel) à 1 500 $ (compagnies privées et gouvernements), et ce en fonction du secteur dactivités de labonné (maisons denseignement, municipalités, organismes sans buts lucratifs, etc.) et du nombre maximum dextraits auxquels lusager peut accéder. Laccès au centre de documentation est contrôlé via ladresse IP de lusager. Tous les extraits duvres regroupés au sein de LILE ont été codifiés afin de permettre la compilation électronique de données relatives à la consultation des uvres par les abonnés et lidentification du matériel visionné et, potentiellement, reproduit. Ainsi, COPIBEC sera en mesure de distribuer aux ayants droits des redevances pour lutilisation de leurs uvres. LILE prévoit également la possibilité pour un non-abonné daccéder à un texte moyennant le paiement, par carte de crédit, dun tarif par article qui varie, de 1 $ à 9 $, en fonction du nombre de pages de lextrait choisi. COPIBEC traite également, à la pièce, des demandes de reproduction de textes sur support électronique. Ces demandes sont évaluées en collaboration avec les titulaires de droits et les redevances exigées varient en fonction de luvre retenue, du nombre de pages reproduites, de la durée dutilisation, de la clientèle visée (accès limité ou non), ainsi que du prix de vente au détail, lorsquil sagit de cédéroms. Logée, pour linstant, dans les locaux de CANCOPY, la société TERLA représente plus de 450 auteurs darticles de journaux et de périodiques, ainsi que des photographes. TERLA est née de la volonté des journalistes indépendants de participer à toutes les facettes de lexploitation de leurs uvres par les éditeurs de journaux et de magazines, notamment linclusion, dans des banques darticles accessibles par abonnement, dextraits de revues et de journaux. Nous ignorons si, à lheure actuelle, TERLA a adopté des tarifs de reproduction spécifiques aux supports électroniques. La nouvelle agence tente cependant de négocier des ententes globales avec les exploitants de banque de données spécialisées afin quun pourcentage de leurs revenus soit versé aux auteurs. Du côté des arts visuels, la Société de droits dauteur en arts visuels (SODART) et le CARfac Copyright Collective ont, eux aussi, développé des tarifs spécifiques à la reproduction duvres visuelles sur support électronique. Les coûts exigés par la SODART varient en fonction du nombre duvres reproduites (échelle de prix de une à plus de 1 000 uvres), du type dorganismes (à but lucratif ou non). Les tarifs de la SODART sont plus élevés si la reproduction est faite à des fins publicitaires. Les autorisations sont accordées pour une durée maximale dun an. Tout comme ProLitteris, la SODART double son tarif de base si luvre choisie apparaît sur la page daccueil dun site Internet. La CARfac, pour sa part, a établi des tarifs de reproduction des uvres sur cédéroms. Les coûts demandés varient selon le nombre duvres reproduites, et ce de 2,50 $ pour les cinq premières images à 0,24 $ par image pour plus de 50 uvres. Ainsi, par exemple, les redevances payables pour une même image reproduite soixante fois sont établies de la façon suivante : (5 X 2,50 $) + (45 X 2,20 $) + (10 X 0,24 $) = 113,90 $ pour 60 cédéroms La tendance, à léchelle internationale, est nettement au regroupement des sociétés de gestion collective et à la mise sur pied de centres dinformation, ou de fédérations de sociétés de gestion, destinés à répondre aux nouvelles réalités et aux besoins spécifiques issus de la reproduction de matériel protégé sur support électronique. Beaucoup de sociétés ont développé des tarifs, des formulaires de requêtes et des documents dinformation afin de rejoindre les producteurs en multimédia et de faciliter lobtention dautorisations. À ce chapitre, les sociétés de gestion canadiennes emboîtent le pas, et ce bien quelles aient pris un certain retard sur leurs consurs européennes, notamment en ce qui concerne la création de centres dinformation et de guichets uniques. Il sera intéressant, au cours des prochains mois, voir des prochaines années, de suivre lévolution de nouvelles entités comme la SESAM et dévaluer leur taux de réussite en ce qui concerne la négociation et lémission de licences, la perception de redevances, ainsi que la redistribution des droits aux titulaires concernés. Les sociétés de gestion canadiennes, pour leur part, en sont encore à létape 1 de leur mise en commun, soit la mise en place dun centre dinformation destiné à renseigner les usagers et à minimiser le nombre de démarches nécessaires pour lutilisation duvres de catégories différentes. Faute de guichet unique canadien ou, éventuellement, via celui-ci, il apparaît évident que les sociétés de gestion du pays chercheront, à plus ou moins court terme, à développer des alliances avec dautres entités déjà en place, ailleurs dans le monde. Du côté européen, on étudie déjà la faisabilité de centres internationaux dinformation et de libération de droits, avec la collaboration de la Communauté européenne et dorganisations internationales, telles lIFRRO. Sources consultées
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